Je me réfugiai sur les terrasses qui forment comme un vert tapis de gazon et tentai vainement d’imiter au crayon les inimitables attitudes des châtaigniers qui dressaient haut leurs dômes de verdure. Par instants soufflait un vent léger et les châtaignes dégringolaient dans l’herbe autour de moi avec un bruit assourdi. Ce bruit était comparable à celui d’une chute de gros grêlons, mais celui-ci portait en lui l’impression cordiale et humaine d’une récolte proche et de fermiers heureux du résultat. En levant les yeux, je pouvais voir les fruits bruns dans leurs bogues épineuses à demi ouvertes déjà et entre les troncs le regard embrassait un cirque de montagnes dorées par le soleil et vertes de feuillage.

Je n’ai pas souvent éprouvé tant d’intime satisfaction en présence d’un site. Je me mouvais dans une atmosphère délicieuse et me sentais allègre et tranquille et heureux. Peut-être n’était-ce point l’endroit seul qui me rendait l’esprit ainsi dispos. Peut-être quelqu’un dans un autre pays pensait-il à moi. Ou peut-être une de mes pensées avait-elle surgi spontanément et s’était-elle évanouie à mon insu, qui me faisait du bien. Car certaines pensées – et assurément les plus belles – s’effacent avant qu’il nous soit possible d’en déterminer les traits exacts, comme si un dieu, cheminant par nos grand-routes vertes, ne faisait qu’entrouvrir la porte de la maison, lancer un coup d’œil souriant à l’intérieur et s’éloigner pour toujours. Est-ce Apollon ? Ou Mercure ? Ou l’Amour aux ailes repliées ? Qui peut le dire ? Mais nous vaquons plus allègres à nos besognes et sentons paix et joie en nos cœurs. RL.STEVENSON

 

Je me réveille à 6h15. Il ne pleut plus, je suis au sec mais dehors tout est humide, trempé.

Les nuages et la brume ont envahi tout ce qui m'environne.

Je range tout pour la dernière fois, je suis triste, déjà nostalgique alors que mon voyage n'est pas encore terminé.

Je laisse un petit mot à l'attention de tous ceux qui ont partagé mon chemin à un moment ou un autre. Je le glisse dans un des petits panneaux gr70 juste à la sortie du relais. J'espère qu'ils le verront.

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Nous montons doucement mais longuement dans la forêt d'immenses sapins, la brume est partout. L'ambiance est sombre, à l'image de ce que je ressens intérieurement. D'ailleurs, les pensées qui m'avaient fichu la paix durant ces quelques jours reviennent insidieusement.

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Puis, au col de la pierre plantée, la descente commence. Avant de l'entamer, Samba et moi partageons une dernière barre de céréales. La brume se dissipe peu à peu.

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Je ralentis, mais je sais que chaque pas me rapproche de la fin.

Je croise le randonneur solitaire pour la dernière fois.

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Aujourd'hui, je ne vois aucun des autres randonneurs croisés les autres jours.

Je m'arrête à Saint-germain de Calberte pour acheter mon pique-nique. Je bois mon café, le premier de la journée.

Je discute avec des villageois qui me disent que je ne dois pas être végan pour exploiter ainsi mon chien. Je n'arrive pas à savoir s'ils sont sérieux ou pas. Peu importe. Mon chien est heureux.

J'ai déjà parcouru 15 kilomètres...

Je reprends ma route et nous nous arrêtons un kilomètre plus loin pour déjeuner.

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Je ramasse quelques fraises des bois et en laisse pour les randonneurs qui vont passer après moi.

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Il fait chaud, pour la première fois.

Je sens que l'eau va nous manquer. Samba a chaud, il boit beaucoup et plusieurs fois, s'arrête au milieu du chemin et se couche. Je le laisse se reposer.

Il doit nous rester quatre kilomètres, seulement...

Je rencontre un homme qui fait le Stevenson en trail. Il est parti du Puy-en-Velay quatre jours plus tôt. Respect... Ça me fait rêver... Il a entendu parler de moi lors d'une étape.Nous discutons un moment. Il fait environ 50 kilomètres par jour. A un sac d'hydratation et des bâtons, et c'est tout. Je prends cette ultime rencontre pour un signe de ce que sera mon prochain défi. Parce-qu'il y en aura un autre. C'est évident.

C'est ça la randonnée itinérante, ça créé des liens invisibles entre les marcheurs.Chaque personne qui a croisé ma route m'a apporté quelque chose. Un sourire, un mot, un encouragement. L'humanité toute simple, sans arrière-pensée. Celle que j'aime.

J'oublie de faire des photos sur les derniers kilomètres.

Nous arrivons à Saint-Etienne Vallée Française. Je n'arrive pas à croire que j'étais là sept jours plus tôt.

Je voudrais remonter le temps, mais c'est impossible. Je m'installe au bar, commande ma dernière bière. 24 kilomètres, 400 mètres de dénivelé positif.Je reste un long moment dans ce bar au nom si joli: " Un dimanche à la campagne". J'espère voir passer des visages connus, mais non.

Mon aventure se termine là ou elle a débuté. Je l'ai réussie. Demain, ce sera la conclusion.