Elle s’ouvrait passage à travers Lestampes par des plateaux, des bois de hêtres et de bouleaux et, à chaque détour, me découvrait des spectacles d’un nouvel agrément. Même dans le ravin de Chassezac, mon oreille avait été frappée par un bruit semblable à celui d’un gros bourdon sonnant à la distance de plusieurs milles, mais à mesure que je continuai de monter et de me rapprocher, il paraissait changer de ton. Je constatai enfin qu’il était provoqué par un berger qui menait paître son troupeau au son d’une trompe. L’étroite rue de Lestampes, d’un bout à l’autre, débordait de moutons – des moutons noirs et blancs, bêlant avec ensemble comme chantent les oiseaux au printemps, et chacun s’accompagnant de la clochette pastorale suspendue à son cou. Cela faisait un impressionnant concert tout à l’aigu. Un peu plus haut, je passai près de deux hommes perchés dans un arbre, armés d’une serpe à émonder. L’un d’eux fredonnait une chanson de bourrée. Un peu plus loin encore et tandis que je pénétrais déjà sous les bouleaux, le chant des coqs me parvint joyeusement et, en même temps, se prolongea la voix d’une flûte qui modulait un air discret et plaintif dans l’un des villages des hauteurs. Je me représentai un maître d’école rustique, aux joues de pomme d’api, grisonnant, qui jouait du chalumeau dans son bout de jardin au soleil du clair automne. Ces diverses musiques d’un charme singulier m’emplissaient le cœur d’une expectative insolite. Il me semblait qu’une fois franchi le contrefort que j’escaladais, j’allais descendre dans le paradis terrestre. Et je ne fus point déçu, puisque j’étais désormais entraîné à la pluie, à l’ouragan, à la désolation de l’endroit. Ici s’achevait la première partie de mon voyage. Et c’était comme une harmonieuse introduction à l’autre et bien plus belle encore. RL.STEVENSON

 

Je me réveille à 6h36. Les oiseaux ont repris leur concert.

Je m'extirpe de la tente. Le matelas ne s'est pas dégonflé, je n'ai pas eu froid et la tente n'a pas bougé.

Samba hésite à sortir. Il est un peu trouillard quand même...

Petite toilette, je nourris Samba et je range tout. Alors ça, croyez-moi, c'est de loin le plus pénible. Parvenir à tout faire rentrer à sa place. Mais j'y arrive. La mise en route est probablement le plus difficile lorsqu'on dort en tente.

Je remplis les gourdes et nous partons.

Je n'ai aucune courbature, c'est bon signe pour la suite !

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Petit arrêt à Chasserades pour prendre un café et un croissant au restaurant ou j'avais diné la veille et en route.

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Nous traversons Chasserades puis Mirandol. Là, deux chiens s'en prennent à samba et abiment la fermeture éclair de son sac. Heureusement que j'ai une épingle à nourrice. Mais je suis un peu agacée.

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Samba trouve une rivière qui lui fait oublier sa mésaventure. Mirandol est un minuscule village, tout en pierre.

Puis nous commençons à grimper, l'Estampe, et puis la forêt. En prenant de la hauteur, je peux admirer l'aqueduc de Mirandol, c'est beau. Toute cette verdure exempte de béton, c'est exactement ce dont je rêvais.

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Ça grimpe fort cette fois. Je sors les bâtons.La montée est forcément plus difficile lorsqu'on porte plus de neuf kilos sur le dos. Alors le pas s'adapte, il devient plus lent, plus concentré. Chaque pas semble avoir un sens, un but.

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Arrivés en haut, nous faisons une petite pause bien méritée.Samba adore les raisins secs et aussi les barres de céréales.

Nous restons un moment, puis nous repartons. Samba sait quand je lui remets son sac qu'il est temps de partir.

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Maintenant, le chemin descend, toujours dans la forêt. C'est apaisant. Je sens mes pensées se taire, enfin !

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Je croise quatre personnes avec qui j'avais dîné le premier soir. Nous discutons quelques minutes. Ils randonnent ensemble, retraités, ils ont du temps et le mettent à profit pour découvrir la France de la plus belle manière qui soit.

Le chemin remonte à nouveau, serpente dans la forêt, puis nous arrivons à la source du Lot. Il faut  s'écarter de 200 mètres en dehors du GR pour aller la voir, mais ça vaut le coup.

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Samba se régale car nous croisons régulièrement des cours d'eau. Nous nous arrêtons au bord de la rivière. Petite pause déjeuner. Encore une fois, nous partageons notre pique-nique. Je vois passer des randonneurs, des VTT.  Puis nous repartons.

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Il reste quatre kilomètres à parcourir. La forêt cède place à de beaux paysages, les oiseaux laissent chanter les grillons. Je suis heureuse. Il fait chaud, le soleil brille, il n'y a pas un nuage dans le ciel.

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Nous arrivons enfin au Bleymard après 19 km et environ 400 mètres de dénivelé positif.

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Nous nous installons au camping en bordure de rivière. Douche, lavage du linge et repos. Le camping municipal du Bleymard est le plus agréable de mon voyage. Il est bien situé, joli et propre.

Je vois arriver un randonneur, campeur comme moi. Probablement plus jeune. Ce n'est que le début, je vais le croiser tout au long du chemin. mais il est sacrément sauvage, nous n'avons échangé que quelques mots durant ces brèves rencontres.

Après une petite sieste et une mini séance de yoga, nous partons faire le tour du village. J'apprécie à sa juste valeur une bière en terrasse. Je profite, je prends mon temps, un vrai luxe. Petit passage chez carrefour contact pour acheter le pique-nique du lendemain. Il y a tout ce qu'il faut.

Ici, au Bleymard, il y a une boulangerie qui ouvre à 07h15, un bar-tabac-presse, une charcuterie, un restaurant, un camping municipal et des chambres d'hôtes.

Je réserve une table au restaurant du village. En attendant l'heure du dîner, je repars au camping.

Il est enfin l'heure. Je meurs de faim ! Tous les gens qui dinent pourraient être mes parents, voire mes grands-parents. Je mange, seule, mais la proximité de l'humanité suffit à mon bonheur. Nul besoin de parler. Ils sont là, c'est tout. Je me régale, et j'apprécie le vin qui récompense cette journée.

Puis nous rentrons au camping. Nous nous endormons tôt, fatigués et sereins.

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